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Nécrologie de Gian Paolo Borghetti dans le Bastia-Journal, le 16 Novembre 1897
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BORGHETTI
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    Les morts vont vite, dit la ballade. Pas toujours. Il y a des hommes qui laissent de grands souvenirs, des souvenirs ineffaçables. Sans crainte d’être taxé d’exagération, nous pouvons dire que Borghetti, notre regretté Borghetti, est de ceux-là.
    Nous garderons pieusement, quant à nous, le culte de sa mémoire. Et ainsi feront - nous en sommes certains - tous ceux qui, ayant vécu dans son intimité, ont connu avec la grande supériorité de son esprit, son exquise bonté, sa droiture et sa loyauté.
    Borghetti était un des esprits les plus distingués de notre époque. Peu d’hommes en Corse possédaient ses vastes connaissances, son érudition qui était immense. Il avait tout lu et il avait tout retenu. Histoire, littérature, philosophie, tout lui était familier, et il parlait de tout avec un charme exquis. C’était plaisir vraiment que de l’entendre, de l’écouter quand, faisant appel à ses souvenirs qui lui revenaient sans effort, il racontait les évènements auxquels il avait participé ou assisté.
    Personne ne connaissait mieux que lui l’histoire politique de notre pays depuis 1830. Il avait vu de près tous les hommes qui avaient évolué sur la scène et il parlait d’eux et de leurs actes avec cette sûreté de jugement, qui était la caractéristique de son esprit, indulgent pour ceux qui n’avaient été que faibles ; sévère, impitoyable pour les traîtres et les laches.
    Dans ces dernières années, Borghetti avait cessé d’écrire. Son âge avancé et ses infirmités le forçaient au repos.
    Une cruelle épreuve, survenue à un moment où il ne s’y attendait pas, l’avait pour ainsi dire terrassé avant le temps.
    Il n’empêche que nul n’a tenu une plus grande place que lui dans la presse de notre pays. Il a collaboré à tous les grands journeaux qui ont paru en Corse de 1848 à 1885. Sous l’Empire, le « Golo », dont il était le rédacteur en chef, donna le signal du réveil politique.
    A la chute du Gouvernement Impérial, Borghetti alla fonder un journal républicain à Ajaccio, dans la citadelle du bonapartisme. Les passions étaient déchaînées et le vaillant publiciste fut en butte à tous les outrages de la foule. Stoïque et ferme, il poursuivit sa tâche, sans s’inquiéter des menaces, opposant le dédain à toutes les provocations qui lui venaient de la bande réactionnaire.
    Sa mission terminée, il revint à Bastia où, dans la « Solidarité » et dans d’autres journaux, il mena des campagnes mémorables en faveur de la République.
    On peut dire que personne, en Corse, n’a contribué plus que Borghetti à vulgariser l’idée républicaine. Et cet homme, tout de dévouement, n’obtint pour toute récompense qu’une misérable place insuffisante pour assurer le pain de ses vieux jours.
    Et, chose inouie, épouvantable, on eut le triste courage de la lui enlever, il y a 3 ans à peine, au nom de la République, sans avoir pitié ni de son âge ni de ses enfants, qu’on réduisait ainsi à la plus grande misère. O politique, que des vilénies et que de crimes on commet en ton nom!...
    Indépendamment des nombreux et remarquables articles que Borghetti a publiés dans des feuilles périodiques, il laisse d’autres écrits moins connus du public, des recueils de poésies, des brochures, des ouvrages inédits dont nous aurons occasion de nous occuper un jour.
FIDELIS