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Articles sur Gian Paolo Borghetti dans 'Le Petit Bastiais', 1958.
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  28 mars 1958

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Chronique de la Vielle Corse - Figures en Veilleuse

JEAN-PAUL BORGHETTI.
-  Né à Talasani en 1816. Chirugien de la marine, archiviste départemental, chef de Cabinet du Préfet de la Corse, directeur du Service de Santé à Bastia, poète, polémiste, secrétaire de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de la Corse, conseiller générale pour le canton de Pero-Casevecchie, pour donner une idée du complexe (si l'on veut passer cette expression) de son caractère à la fois impulsive et rigide, et souvent excessif, car ses coups de boutoir de polémiste étaient durs. Mais il était sincère et désintéressé, si ses opinions étaient extrêmes et leurs énonciations peu disposées aux accommodements.
    Dans ces conditions, il aurait dû provoquer des aversions correspondantes à sa rigidité. Il n’en fut presque rien, non seulement parce qu’il était sincère et désintéressé, mais peut-être, surtout parce que ses adversaires ne pouvaient se dispenser de voir en lui un homme de vaste culture, un poète de réel et grand talent. Dans ces mêmes conditions personne ne désira jamais le voir matériellement victime de l’absolu de ses principes ou de ses attitudes, dans les incidences de la politique insulaire.
    Absolu un peu inhumain dans un pays qui n’a jamais été indiqué pour créer les événements extérieurs à son isolement : ces événements, il doit les subir, donc un peu exploiter. Tous les hommes de l’équipe dont faisait partie le docteur Borghetti, équipe née de la Révolution de Février et du coup d’Etat de décembre, le second complétant, à leur gré, la déception provoquée par l’évolution de la première, avaient eux-mêmes évolué peu à peu, les uns après les autres, avant, pendant ou après le second empire. Autour d'un pivot qui était Borghetti, ces hommes tournèrent lentement, Borghetti les excusait mal, ou pas du tout, mais il était difficile de lui donner raison, car ces hommes à éterniser leur opposition idéologique, donc plus ou moins abstraite, eussent abouti à la compression, à l'inutilisation de leurs personnalités qui étaient souvent fortes. Dans un régime, même lorsqu’on ne l’aime pas, on doit distinguer la continuité d’un pays à servir, sauf si des raisons morales et très nobles s'y opposent. Elles s’y opposent rarement le long d’une génération jamais au delà.
    Du moins, les amis, les collaborateurs de Borghetti à la douzaine de journaux qu’ils rédigèrent ensemble, ou sous sa direction, durant près de quarante ans, ne lui en voulurent pas de son intransigeance : c’est qu’elle ne passait pas les bornes permises en dépit de sa vivacité. Par là il faut entendre qu’elle ne dérivait d’aucun calcul. Le heurt même violent des idées et des attitudes maintient alors l’estime et empêche les excès visant les situations privées, le dernier terme du sectarisme. S’il avait pu se hisser au pouvoir, Borghetti les aurait évités, comme on les évita à son égard.
    Mais, on le répète, l’amour profond qu’il éprouvait pour la Corse fut une autre cause sans doute capitale de l’amitié qu’on lui conserva. Cet attachement au pays natal parce qu’il le voulut épurer des déceptions de contact dont se targuent les esprits chagrins, voilà la vue humaine, permanente qui fait la noblesse de l’oeuvre écrite de Borghetti, sa noblesse d’inspiration, et la source sans doute, avec sa culture générale, de son talent, de tous ses contemporains reconnu.

 

 

N.B. Cet article a été déjà publié le 11 novembre 1941 dans le même journal, et a commencé comme suivant:

JEAN-PAUL BORGHETTI. - « Le Petit Bastiais » dans son éphémérides du 4 novembre rappelait le décès en 1897, du docteur Borghetti, qui était né à Talasani en 1816. Il suffira de rappeler la succession ou la juxtaposition de ses activités publiques : Chirugien de la marine, archiviste départemental, chef de Cabinet du Préfet de la Corse, ...

Le reste de l'article était identique à la version de 1958.